Mardi 27 avril 2010

Fenêtre météo

Ça y est, je peux commencer ce journal ! Voici quelques jours qu’avec Janine, on s’échange nos disponibilités et qu’on les met en regard de la météo. Mardi 27 avril, un créneau se profile ; rendez-vous à 18 h, au local du club, avec Geneviève et Arnaud, qui commence également sa formation. Pour entrer dans le vif du sujet dès notre arrivée sur la parking, Janine nous fait lever les yeux vers les arbres voisins : les feuilles frétillent dans un vent un peu fort.

Compas de marine en mains, on lâche un ballon d’hélium qui file vite cap au 240. 240-180=60, voilà d’où vient le vent : de l’est (ou plus exactement, de l’est nord est). Entre nous, on l’appellera souvent 60, simplement.

Toujours est-il qu’à 18 h 15, il est trop fort pour que des petits nouveaux comme nous puissent décoller. On va attendre un peu, même si les fins de journées qui voient le 90 fléchir sont rares ; l’expérience de notre instructrice lui fait nous dire qu’à la différence du vent d’ouest, celui qui vient de l’est continue sur sa lancée dans la nuit (il faudra que je demande pourquoi)… On se donne quand même une demie-heure pour voir s’il faiblit.

Formalités

En attendant, on a des papiers à remplir. Si le ballon est libre, sa pratique est réglementée par la DGAC. Visite médicale obligatoire avant de commencer la formation : sont vérifié la vue (acuité visuelle, étendue du champ de vision), l’ouïe, l’oreille interne, le cœur, les poumons… Une fois certifié bon pour le service, il faut adhérer à la Fédération Française d’Aérostation, et suivre la formation d’un instructeur agréé, en l’occurrence Janine. 16 h de vol sont prévues au programme, dont 2 h solo. Comme il faut 20 h de vol en tant que commandant de bord pour avoir le droit d’embarquer des passagers payants, il me faudra encore voler 18 h seul ou avec des proches avant d’être en mesure de le faire pour le compte du club… Janine me remet un livret de progression, qu’elle remplira après chaque leçon, et le carnet d’ascensions de pilote de ballon, dans lequel tous les vols seront notés. Je me demande en combien d’années j’arriverai à le remplir…

Gonfler pour le plaisir

18 h 40, le vent souffle encore ; on va donc se contenter de mettre en place le ballon. Même si l’on ne vole pas, ce sera toujours un bon exercice. Le club aérostatique de Franche-Comté possède quatre montgolfières ; celle qu’on utilise pour l’école s’appelle Bourguignon. D’une taille de 2 200 m3, alternant des bandes horizontales jaunes et noires, l’enveloppe affiche un peu plus de 400 h de vol. Immatriculation : FGFFY, Fox Golf Fox Fox Yankee. Il faudra qu’on apprenne l’alphabet, dit Janine.

Pour l’instant, Geneviève, précieuse équipière qui connaît le ballon sur le bout des gants, prend le volant et va garer l’attelage sur le terrain de foot à proximité du local. Aujourd’hui, on se met à l’abri du vent, derrière des arbres, mais pas trop près non plus pour que le ballon ne les touche pas une fois monté. Il faut aussi veiller à placer la remorque dans le bon sens, pour ne pas avoir à retourner la nacelle à la main. Pas la peine de s’user pour rien, n’est-ce pas ?…

Une montgolfière, c’est une nacelle en osier surmontée d’un brûleur qui produit une grande flamme pour chauffer l’air du ballon. On commence par descendre la nacelle de la remorque, en faisant attention à ses pieds : avec quatre cylindres de 40 Kg de propane, le panier pèse dans les 250 Kg. Quant à la peau, celle du Bourguignon affiche 80 Kg.

Aujourd’hui, c’est moi qui fait le pilote ; la prochaine fois, ce sera Arnaud. Chacun va faire ses 16 h et assister aux 16 h de l’autre : Janine et Luc, l’autre instructeur du club, se sont dit qu’ainsi, on pourrait voir deux fois plus d’erreurs desquelles apprendre…

C’est moi qui fait

Ma première erreur, une fois entré dans la nacelle, est d’être un peu fébrile pour monter le brûleur ; me voilà tout parasité. Alors, je souffle un coup, remets ma petite tête à zéro, et j’essaie de bien penser à ce que je fais. Janine, à l’extérieur de la nacelle, nous rappelle qu’une fois dans la nacelle, plus rien d’autre ne doit exister ; on s’en fiche que ce soit la première ou la centième fois, il faut se concentrer.

Sous la nacelle passent des câbles en acier qui remontent le long de quatre cannes de 1 m en fibre de verre qui soutiennent le cadre de charge, au centre duquel est articulé le brûleur. C’est ce cadre de charge, construit en tubes d’acier de 2 ou 3 cm de diamètre, qui fait la liaison entre le panier et le ballon ; on y attache l’un et l’autre au moyen de mousquetons d’acier d’une résistance de 3 000 Kg. (On n’utilise pas de mousquetons en aluminium parce qu’à la différence de ceux en acier qui se déforment, ils se brisent net en cas de sollicitation trop forte.) Janine précise qu’il faut placer les fermetures des mousquetons vers l’intérieur de la nacelle, de sorte qu’en cas de passage dans les arbres, la virole risque moins d’être dévissée par les branches — virole qu’il faut d’ailleurs dévisser d’un quart de tour après l’avoir vissée à fond, afin de pouvoir ouvrir le mousqueton sans l’aide d’outils, après le vol.

Dans ce journal, je pense parler un peu de technique… Après tout, on ne vole pas la tête dans les nuages !

En liquide, s’il vous plaît

Une fois que l’équipe a monté le brûleur sans se pincer les doigts, il faut se soucier des bouteilles de gaz auxquelles le brancher. Il faut savoir que le brûleur se nourrit de propane liquide ; l’alimenter de propane en phase gazeuse le rend beaucoup moins efficace. Afin de prélever le gaz en phase liquide au fond du cylindre, le robinet est reliée à un tube plongeur recourbé à son extrémité vers la paroi de la bouteille. Le fabricant de nos cylindres indique par deux trous ce côté du cylindre où le tube puise le gaz liquide ; il constitue le bas lorsque la bouteille est posée sur le flanc, comme c’est le cas au gonflage. C’est donc aux bouteilles dont la marque se trouvera vers le bas quand la nacelle sera couchée qu’il faut brancher le brûleur pour le gonflage. En cas d’erreur, on manquerait de puissance pour chauffer et monter le ballon.

La veilleuse du brûleur du Bourguignon est alimentée en phase liquide et non en phase gazeuse ; je vous épargnerai donc la petite histoire des maîtres-cylindres. Après que j’ai branché les deux tuyaux (un par brûleur), en vissant à fond et surveillant le déclic des valves de sécurité, d’après les conseils de Janine, tout le monde s’occupent des chaussettes, ces protections en cuir rembourré qui entourent les cannes, les câbles et tuyaux de gaz, au moyen d’une fermeture éclair tirée vers le bas. La nacelle est maintenant prête ; elle sent un peu le gaz, le métal des bouteilles, et surtout l’osier et le cuir des garnitures — une odeur agréable et reconnaissable entre toutes. Enfin, il faut aimer le gaz.

Pour le réchauffement de l’atmosphère

Avant de la coucher et de déballer le ballon, j’essaie le brûleur : ouvrir les bouteilles, ne pas dévisser à fond le robinet, afin qu’en vol il suffisse de le toucher pour savoir s’il est ouvert ou non, ouvrir le gaz au niveau du brûleur, actionner les piezzos pour allumer les veilleuses, et tirer sur les manettes en laiton. Là, pour la première fois, je suis au commande d’une flamme de 4 ou 5 m de haut, bleue, droite, qui chauffe la tête et irradie tout autour de la nacelle. Je teste le brûleur gauche, le brûleur droit, j’ouvre le by-pass qui relie les deux et donne un coup de double brûleur ; j’aime bien, ça a de la gueule, le double. Puis, un petit coup de brûleur à vache (qui, en omettant la vaporisation du gaz, bruyante, fait moins peur aux animaux, au prix d’une efficacité moindre), et voilà une nacelle fin prête pour le gonflage. On la couche en la retenant au maximum, même si l’ensemble est souple et résistant.

Un coup d’œil aux arbres pour voir le vent ne s’est un peu calmé, mais non ; c’est aussi ça, le ballon, il vaut mieux rester au sol que s’embarquer dans une galère… On continue donc le gonflage en sachant qu’on n’ira sans doute pas plus loin.

Salade de câbles aux mousquetons

Prochaine étape : sortir l’enveloppe et l’attacher au ballon. À quatre, on place le sac du ballon à environ 3 m du cadre de charge, sous le vent. Après l’avoir ouvert, je sors et mets par terre les câbles enroulés ; pour qu’ils ne touchent pas le ballon, ils sont rangés dans le scoop, un triangle de tissu solide et ignifugé (du Nomex) qui descend de la bouche de l’enveloppe jusqu’au brûleur, pour protéger la flamme du vent. Il y a autant de câbles que le ballon comporte de fuseaux, donc douze pour le Bourguignon ; ils sont regroupés sur quatre mousquetons qu’on accroche à ceux du cadre de charge, en respectant leur ordre (haut / bas, gauche / droite) et en s’assurant que les câbles ne se croisent pas, pour qu’ils ne s’usent pas prématurément.

Une fois les mousquetons attachés, on replie le scoop sous la bouche du ballon pour qu’il ne s’emmêle pas dans les câbles à cause du ventilateur. Toute l’équipe empoigne le sac du ballon et le tire dans le sens du vent ; l’enveloppe se déroule par terre sur 20 m, et à la fin, tombe du sac quelque chose qui réjouirait un alpiniste : la corde de couronne, lovée bien comme il faut (n’est-ce pas ?), dont un équipier se servira au gonflage pour retenir le ballon, enfin, dans la mesure du possible…

Du vent

Le ventilateur va à gauche de la nacelle ; on dirige le flux d’air vers le milieu de la bouche, sans qu’il soit trop oblique. J’indique aux deux équipiers comment tenir le ballon ouvert pendant le gonflage — le pied sur le câble du milieu en bas, les mains gantées au câble du milieu en haut. (Ça fait bizarre de ne pas être à leur place, d’autant plus que je ne fais pas le malin.) Il est temps de lancer le ventilateur : ouvrir l’essence, mettre le starter, régler la puissance presque au minimum, et tirer sur la corde de démarreur. Après le bruit du brûleur, voilà un autre son caractéristique…

Pendant que Geneviève et Arnaud se font les bras en regardant l’enveloppe prendre du volume, Janine m’amène à la soupape, la grande pièce circulaire du sommet qui sert à évacuer l’air chaud quand on veut descendre. On entre dans le ballon gonflé au cinquième pour vérifier que la poulie de la corde de soupape marche bien, que rien n’est emmêlé, et on accroche les velcros qui maintiennent la soupape fermée pendant le gonflage (un velcro par fuseau). Une fois tous les velcros réunis, on peut passer le ventilateur à la vitesse supérieur…

Il est 19 h, les feuilles des arbres bougent toujours autant. Janine nous dit qu’il serait possible de décoller, mais qu’avec ce vent, ce serait un peu technique, et qu’elle ne pourrait pas me laisser les commandes. Alors, on plie !

Arrêt du ventilo, ouverture de la soupape qu’on vient patiemment de fermer, brassage et rangement du ballon (qui dit que le ballon, ce n’est pas physique ?!), démontage de la nacelle ; on remet tout dans la remorque, et on va remplir le carnet de progression. Aujourd’hui : apprentissage du renoncement…

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Un commentaire sur “Mardi 27 avril 2010”

  1. Christian S. dit :

    Très intéressant, ce texte ! et bien écrit en plus. On se croirait dans le groupe. Il me tarde de connaitre la suite et de continuer à apprendre quelques trucs de pro…
    Bon vent à l’apprenti aérostier/écrivain et à ses amis !

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