5 décembre 2010

30 décembre 2010

Vive le vent d’hiver

Ce qui est bien, avec les vols du matin en hiver, c’est qu’on n’est pas obligé de se lever tôt, et au moins, quand il fait froid, la courbe de charge n’est pas compliquée à calculer. À 7 h 30, les – 9 ° C nous permettraient d’embarquer environ 300 kg dans la nacelle du Mikado, le nouveau ballon du club (Cameron C80), mais on ne sera que deux à monter à bord, Luc et moi.

La mission du brûleur est de produire une flamme assez puissante pour bien chauffer l’air du ballon ; pour ça, il faut que le propane liquide arrive dans ses serpentins d’acier à une pression minimale d’environ 3 bars. Or le froid, qui ne peut pas être bon pour tout, fait baisser la pression du propane (moins que le butane, c’est pourquoi, à pouvoir calorifique égal, on préfère le propane pour la montgolfière). Comme on apprécie moyennement les facéties de brûleur en vol, on ajoute de l’azote dans les cylindres ; la présence supplémentaire de ce gaz neutre fait augmenter la pression du propane liquide. L’opération est simple : on branche une bouteille d’azote au cylindre de propane au moyen d’une ligne à gaz, on ouvre l’azote puis le propane, et on écoute ce qui se passe dans le cylindre. Quand ça fait « glou glou », on arrête. Et bien sûr, on n’oublie pas de porter ses gants et des manches longues, parce que le propane, qui aime brûler par tous les moyens, affiche - 40 ° C quand il fuit…

L’azote, c’est pratique, mais attention si on utilise un brûleur dont les veilleuses sont alimentées en phase gazeuse, et non liquide : pas question d’azoter les maîtres-cylindres (bouteille de gaz dotée d’une sortie en phase liquide pour le brûleur, et d’une autre en phase gazeuse pour les veilleuses) auxquels elles sont branchées ! Les veilleuses, qui produisent, de manière continue, deux petites flammes servant à allumer leurs grandes sœurs quand le pilote actionne le brûleur, se retrouveraient, en effet, alimentées par un mélange propane / azote guère inflammable…

Ça tombe bien, le brûleur du Mikado a ses veilleuses en phase gazeuse ; je n’ai donc que deux cylindres à azoter, ça prend moins de temps.

Pas de record cette fois-ci

Un léger vent souffle de l’ouest ; décoller de Bessoncourt devrait nous amener gentiment aux alentours de Fontaine.

Au fond, les Vosges. Je finirai bien par les voir d'en haut.

La mise en place se passe bien. C’est la première fois que je gonfle le Cameron, il est très facile à mettre en œuvre. On l’étend, le ventile, on l’étend encore à peine, et le temps de mettre la soupape, il est bien rond, prêt à être chauffé. Le Mikado : un jeu d’enfant.

Échauffement matinal.

Je suis encore seul dans la nacelle, je chauffe pour amener le ballon à une température convenable pour le décollage. Luc, qui finit ses préparatifs en dehors de la nacelle, me dit d’arrêter : le ballon est en pesée. Je n’avais pas fait attention, mais effectivement, il suffirait de pas grand chose pour qu’on décolle. À surveiller de plus prêt la prochaine fois, même on est prémunis d’un décollage intempestif par la présence du largueur (une corde attachée au véhicule par un nœud de chaise et fixée à la nacelle par un mousqueton à ouverture sous charge).

Premier objectif : passer confortablement au-dessus des lampadaires...

Ici la terre

Dans les activités aériennes, le principal danger vient de la proximité du sol ; c’est le contact avec la terre qui peut poser problème. En règle générale, tenir le ballon en l’air à une certaine altitude n’est ni compliqué, ni risqué. Savoir faire un joli palier, c’est bien ; réussir son atterrissage, aussi, mais ça demande plus de travail. Alors, on s’entraîne, on fait plusieurs approches et atterros par vol.

Ce qui compte, pour faire un beau vol, c'est le paysage.

Dix minutes après avoir décollé, Luc me désigne un champ traversé par un chemin : « pose-toi sur le chemin… » Alors, je regarde la trajectoire par rapport au sol, la vitesse / sol, le taux de chute, et j’espace les coups de brûleur pour laisser le ballon refroidir progressivement. Je touche le chemin, mais faute d’avoir assez soupapé, la nacelle glisse et s’arrête finalement à deux ou trois mètres de l’objectif.

Je rechauffe, on repart, et même exercice quelques centaines de mètres plus loin. On se repose pas loin d’un bois, près d’un chemin pour la récup – utiliser des voitures capables d’aller dans les champs n’exempte pas d’essayer de rester sur la route quand c’est possible. Ce ne sont pas les biches ou les chevreuils qui nous regardent depuis la lisière du bois qui s’en plaindront ! Étonnant par ailleurs que ces bestioles ne soient effrayées par notre survol à 30 m de hauteur, alors même que je n’utilise pas le brûleur à vache…

Suivante !

On vole tranquillement à 20 m au-dessus du bois qui sépare Bessoncourt de Frais ; le brûleur, encore branché sur la bouteille de chauffe (celle avec laquelle on a monté le ballon) commence à s’essouffler. Il faut se méfier, car on s’habitue au son du brûleur et, à moins de connaître les réactions de son ballon sur le bout des doigts, on ne s’aperçoit pas forcément que celui-ci faiblit. C’est quand on actionne le brûleur branché sur une bouteille pleine qu’on se rend compte de la différence de puissance. J’utilise donc le deuxième brûleur pendant que Luc change de bouteille. Quand on est seul à bord, avec ses passagers, on s’arrange pour commencer son changement de bouteille alors que le ballon monte au moins à 2 m / s. Ainsi, on se ménage une petite marge en cas de changement de bouteille un peu long, comme par exemple si, à cause du froid, la vis du raccord est impossible à desserrer sans faire usage d’une pince.

Fini de jouer

Un peu plus haut, le vent est mieux orienté, alors, au lieu de faire un troisième atterrissage d’exercice, on garde notre altitude pour nous diriger vers Fontaine. Arrivés au-dessus du terrain, le vent est marrant : on voit les fumées des usines qu’on survole à 20 ou 30 m aller dans la direction opposée à la nôtre. On descend assez rapidement pour ne pas nous faire rabattre par le vent au sol, on rebondit deux ou trois fois, puis on s’arrête – c’est calme. On attend la récupération, ballon gonflé, plus facile à voir depuis la route, et une fois qu’elle est là, on remballe.

Sans neige dans le sac, c'est mieux pour le ballon...

Mardi 21 septembre 2010

9 novembre 2010

Enfin ! Les conditions devraient être bonnes pour un vol, et tout le monde est disponible ; rendez-vous en fin d’après-midi au local pour le regard attentif vers la cime des arbres. Les feuilles sont calmes, bien calmes, presque trop, et le ballon d’hélium prend son temps pour s’éloigner, cap au sud. Mais il avance quand même, et c’est l’essentiel. Par contre, le thermomètre affiche 21° C sous abri, et d’après la courbe de charge du Conseil Général, si on a bien tout compris, on ne pourra pas monter à trois. Alors, on va partager le vol, je ferai le début, et Arnaud, la fin. Trente minutes, ce n’est pas très long, surtout quand on n’arrive pas à faire ses heure. Mais bon, on se reprend, il s’agit quand même de voler… Je n’ai pas mis les pieds aux commandes d’un brûleur depuis mi-juillet, ce n’est pas le moment de penser à autre chose.

Cette fois, il y a des photos, ma sœur est là qui fait le reportage… (Cliquez sur les photos pour les agrandir).

Essai du brûleur

Des spectateurs sont venus voir le novice à l’œuvre ; en montgolfière, on aime bien les spectateurs, ils peuvent servir. Le tout est de leur faire mettre la main à la pâte en toute sécurité. No comment sur les deux minutes que je passe à essayer de démarrer le ventilateur alors que l’interrupteur est sur off !

Ventilateur

Et au moins, quand les spectateurs sont occupés à tenir la bouche ouverte, ils ne voient qu’en ombre chinoise ce qui se passe à la couronne…

Corde de couronne

Une fois que la soupape est en place, poulie vérifiée, velcros bien attachés, on peut revenir à la nacelle pour préparer les instruments. On profite du retour vers le bas du ballon pour tirer l’enveloppe afin qu’il se gonfle plus mieux…

Tirer l'enveloppe

Outre l’alti / vario, il faut penser à emporter un certain nombre de choses, toutes simples, mais dont l’absence en vol peut être ennuyeuse. Contenu du sac du pilote, muni d’un mousqueton pour l’accrocher à une poignée dans la nacelle : eau, barres de céréales, carte du coin, radio aéronautique, petite radio pour parler à la récupération, GPS, au moins deux moyens d’allumer le brûleur en cas d’extinction des veilleuses et de panne du piezzo, pince si un robinet de gaz se coince, couverte anti-feu…

Fixer l'alti / vario

Fixer l'alti / vario

Fixer l'alti / vario

Commencer à chauffer

Top départ

Décollage !

La récup au boulot...

Exercice d'approche

Après le premier petit bois, on survole un étang, à une vingtaine de mètres de hauteur. Le soucis, avec les étendues d’eau, c’est qu’il est difficile de juger la distance qui nous en sépare. L’aspect de la surface est tel que définir si l’on est à 5 m ou à 30 m est hasardeux. On peut jeter un petit quelque chose par dessus bord, et regarder en combien de temps ça atteint l’eau : petit caillou (mais il y en a rarement dans la nacelle), salive… L’autre solution étant bien sûr de comparer l’altitude inscrite sur la carte et celle indiquée par l’altimètre, mais c’est plus long que cracher discrètement sous la nacelle…

Le vol se déroule bien ; une fois l’étang passé, on remonte pour être à l’aise au-dessus du bois. Je maintiens le palier pas trop mal. Janine me dit alors de monter à 600 m ; chose curieuse, je continue à chauffer comme pour le palier, et donc ne monte pas. Je vois bien qu’on ne prend pas d’altitude, mais ne réagis pas en conséquence. J’ignore pourquoi. Exit les 600 m, on continue, on discute… Et au milieu d’un échange intéressant, Janine me fait remarquer l’alti / vario : -3 m / s, c’est-à-dire une belle descente. Je me suis laissé embarquer, et suis obligé de corriger mon erreur au double brûleur pour ne pas aller frotter nos amis arbres. Belle leçon. Surtout que cela se passe à la lisière du bois, et qu’on sent les effets descendants d’une dégueulante (quand une bulle d’air chaud monte, par exemple au-dessus d’un bois, elle est entourée d’un courant d’air qui descend et qu’on appelle poétiquement une dégueulante.)

Pas d’inquiétude cependant, il n’y a rien de catastrophique. À une hauteur moindre que celle à laquelle nous étions, la discussion coupable n’aurait pas eu lieu, concentrés que nous aurions été sur la proximité du sol.

Nous survolons Fontenelle assez bas, passons la voie ferrée quelques mètres au-dessus des lignes et nous posons en douceur juste derrière, dans un champ de blé moissonné. La récup arrive rapidement ; je descend du ballon suffisamment refroidi, Arnaud monte, et les voilà repartis, direction Meroux, où les attend l’accueil un poil brutal d’un agriculteur connu pour sa mansuétude à l’égard de ce qui se pose sur sa terre. Mais c’est une autre histoire…

Fini...