Souvenez-vous, on était en pesée… Un coup de brûleur et voilà le ballon qui décolle. Ébloui par la toute puissance du propane, j’omets de chauffer plus, et naturellement, au bout de 30 s, la montgolfière descend. À vingt mètres du sol, ça fait désordre… Allez, chauffe !
Aujourd’hui, le but du jeu est de sentir le ballon, quand il monte, est en pallier, ou descend. Pour ça, notre oreille interne est plutôt bien faite : elle est capable de percevoir des variations de l’ordre de ± 0,10 m / s. Luc m’interdit de regarder l’alti / vario et me demande de lui dire ce que je ressens. C’est facile, il suffit de fermer les yeux d’écouter son oreille. La prochaine fois que vous embarquez dans une grande roue, songez-y !
Par contre, maintenir un palier s’avère plus délicat. Il s’agit de garder la montgolfière à une altitude constante, or, pour rappel, un tel engin a tendance à s’élever quand l’air contenu dans le ballon est suffisamment chaud pour que l’aérostat soit plus léger que l’air environnant, et à descendre quand ce n’est plus le cas. Pour rester à une altitude désirée, il faut réchauffer l’air du ballon avant qu’il ne refroidisse trop, mais pas trop avant, sinon, ça remonte. Jetez un coup d’œil à la trace GPS, boîte noire de mes débuts difficiles en la matière !… Un truc pour s’assurer que l’oreille ne dit pas de bêtise, et vérifier que l’on reste à la même altitude : viser un point à l’horizon et comparer sa position à un point fixe sur un montant du brûleur, à hauteur des yeux.
Après m’être amusé à faire le bouchon à 100 ou 200 m du sol, Luc me demande de faire une approche, c’est-à-dire de descendre de façon régulière et contrôlée de manière à atterrir. « À ton avis, où est-ce qu’on va se poser ? » J’ai en tête mes dernières finales en parapente, à une vitesse / sol d’environ 20 km / h, et, extrapolant, j’indique du bras une position assez loin devant. Erreur, aujourd’hui, le vent est faible, et à la différence du parapente, le ballon n’a pas de vitesse propre. Résultat, si je menais l’atterrissage à son terme, je me poserais beaucoup moins loin que prévu. Du coup, on fait plusieurs approches d’affilée, entrecoupées de phases de palier… Petit à petit, mes prévisions s’affinent.
Le vent aussi est drôle, il n’arrête pas de tourner. Au bout de vingt minutes de vol, nous sommes toujours au-dessus de l’aéroparc (aérodrôme désaffecté transformé en Z.I.). On avance, on revient sur nos pas, à petite allure, dans un air complètement détendu. Mais il est bientôt temps de laisser les commandes à Arnaud, alors on s’arrange pour que la dernière finale soit la bonne.
Je surveille qu’aucune ligne électrique ne se trouve sur le chemin, que les arbres sont à distance respectable, et j’essaie de donner les bons coups de brûleur pour laisser le sol s’approcher peu à peu, doucement mais sûrement. Pouf, touché au milieu d’un champ ; sur les instructions de Luc, j’ouvre la soupape pour refroidir le ballon, afin qu’on ne reparte pas intempestivement.
Puis on repart, mais cette fois, je suis passager…
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