Vive le vent d’hiver
Ce qui est bien, avec les vols du matin en hiver, c’est qu’on n’est pas obligé de se lever tôt, et au moins, quand il fait froid, la courbe de charge n’est pas compliquée à calculer. À 7 h 30, les – 9 ° C nous permettraient d’embarquer environ 300 kg dans la nacelle du Mikado, le nouveau ballon du club (Cameron C80), mais on ne sera que deux à monter à bord, Luc et moi.
La mission du brûleur est de produire une flamme assez puissante pour bien chauffer l’air du ballon ; pour ça, il faut que le propane liquide arrive dans ses serpentins d’acier à une pression minimale d’environ 3 bars. Or le froid, qui ne peut pas être bon pour tout, fait baisser la pression du propane (moins que le butane, c’est pourquoi, à pouvoir calorifique égal, on préfère le propane pour la montgolfière). Comme on apprécie moyennement les facéties de brûleur en vol, on ajoute de l’azote dans les cylindres ; la présence supplémentaire de ce gaz neutre fait augmenter la pression du propane liquide. L’opération est simple : on branche une bouteille d’azote au cylindre de propane au moyen d’une ligne à gaz, on ouvre l’azote puis le propane, et on écoute ce qui se passe dans le cylindre. Quand ça fait « glou glou », on arrête. Et bien sûr, on n’oublie pas de porter ses gants et des manches longues, parce que le propane, qui aime brûler par tous les moyens, affiche - 40 ° C quand il fuit…
L’azote, c’est pratique, mais attention si on utilise un brûleur dont les veilleuses sont alimentées en phase gazeuse, et non liquide : pas question d’azoter les maîtres-cylindres (bouteille de gaz dotée d’une sortie en phase liquide pour le brûleur, et d’une autre en phase gazeuse pour les veilleuses) auxquels elles sont branchées ! Les veilleuses, qui produisent, de manière continue, deux petites flammes servant à allumer leurs grandes sœurs quand le pilote actionne le brûleur, se retrouveraient, en effet, alimentées par un mélange propane / azote guère inflammable…
Ça tombe bien, le brûleur du Mikado a ses veilleuses en phase gazeuse ; je n’ai donc que deux cylindres à azoter, ça prend moins de temps.
Pas de record cette fois-ci
Un léger vent souffle de l’ouest ; décoller de Bessoncourt devrait nous amener gentiment aux alentours de Fontaine.
La mise en place se passe bien. C’est la première fois que je gonfle le Cameron, il est très facile à mettre en œuvre. On l’étend, le ventile, on l’étend encore à peine, et le temps de mettre la soupape, il est bien rond, prêt à être chauffé. Le Mikado : un jeu d’enfant.
Je suis encore seul dans la nacelle, je chauffe pour amener le ballon à une température convenable pour le décollage. Luc, qui finit ses préparatifs en dehors de la nacelle, me dit d’arrêter : le ballon est en pesée. Je n’avais pas fait attention, mais effectivement, il suffirait de pas grand chose pour qu’on décolle. À surveiller de plus prêt la prochaine fois, même on est prémunis d’un décollage intempestif par la présence du largueur (une corde attachée au véhicule par un nœud de chaise et fixée à la nacelle par un mousqueton à ouverture sous charge).
Ici la terre
Dans les activités aériennes, le principal danger vient de la proximité du sol ; c’est le contact avec la terre qui peut poser problème. En règle générale, tenir le ballon en l’air à une certaine altitude n’est ni compliqué, ni risqué. Savoir faire un joli palier, c’est bien ; réussir son atterrissage, aussi, mais ça demande plus de travail. Alors, on s’entraîne, on fait plusieurs approches et atterros par vol.
Dix minutes après avoir décollé, Luc me désigne un champ traversé par un chemin : « pose-toi sur le chemin… » Alors, je regarde la trajectoire par rapport au sol, la vitesse / sol, le taux de chute, et j’espace les coups de brûleur pour laisser le ballon refroidir progressivement. Je touche le chemin, mais faute d’avoir assez soupapé, la nacelle glisse et s’arrête finalement à deux ou trois mètres de l’objectif.
Je rechauffe, on repart, et même exercice quelques centaines de mètres plus loin. On se repose pas loin d’un bois, près d’un chemin pour la récup – utiliser des voitures capables d’aller dans les champs n’exempte pas d’essayer de rester sur la route quand c’est possible. Ce ne sont pas les biches ou les chevreuils qui nous regardent depuis la lisière du bois qui s’en plaindront ! Étonnant par ailleurs que ces bestioles ne soient effrayées par notre survol à 30 m de hauteur, alors même que je n’utilise pas le brûleur à vache…
Suivante !
On vole tranquillement à 20 m au-dessus du bois qui sépare Bessoncourt de Frais ; le brûleur, encore branché sur la bouteille de chauffe (celle avec laquelle on a monté le ballon) commence à s’essouffler. Il faut se méfier, car on s’habitue au son du brûleur et, à moins de connaître les réactions de son ballon sur le bout des doigts, on ne s’aperçoit pas forcément que celui-ci faiblit. C’est quand on actionne le brûleur branché sur une bouteille pleine qu’on se rend compte de la différence de puissance. J’utilise donc le deuxième brûleur pendant que Luc change de bouteille. Quand on est seul à bord, avec ses passagers, on s’arrange pour commencer son changement de bouteille alors que le ballon monte au moins à 2 m / s. Ainsi, on se ménage une petite marge en cas de changement de bouteille un peu long, comme par exemple si, à cause du froid, la vis du raccord est impossible à desserrer sans faire usage d’une pince.
Fini de jouer
Un peu plus haut, le vent est mieux orienté, alors, au lieu de faire un troisième atterrissage d’exercice, on garde notre altitude pour nous diriger vers Fontaine. Arrivés au-dessus du terrain, le vent est marrant : on voit les fumées des usines qu’on survole à 20 ou 30 m aller dans la direction opposée à la nôtre. On descend assez rapidement pour ne pas nous faire rabattre par le vent au sol, on rebondit deux ou trois fois, puis on s’arrête – c’est calme. On attend la récupération, ballon gonflé, plus facile à voir depuis la route, et une fois qu’elle est là, on remballe.


















